Humain vs Animal

La question de la différence entre la race humaine et le reste du règne animal est débattue depuis la nuit des temps, et chacun a son propre regard sur les animaux… Descartes pensait que l’animal était une machine sans esprit… Kant, sans se montrer aussi extrême, affirmait que l’humain se différencie par son sens moral, l’animal serait alors privé du libre arbitre dont nous jouissons. Aristote lui, décrit l’humain comme un animal politique, une espèce qui aurait par son évolution atteint un niveau de coopération et de réflexion bien supérieur aux autres espèces. Quant à Platon, il considérait l’humain comme un animal à part entière, mais dont la tâche serait d’apprivoiser ses pulsions, afin d’atteindre un stade plus évolué…


Il va de soit que l’évolution de l’humain a pris un tournant singulier dans l’Histoire de la planète… Cependant, considérer notre race comme supérieure – ce qui nous confèrerait un droit sur les autres espèces et nous rendrait légitime à disposer de leurs sorts pour répondre à des envies capricieuses et primaires (élever des animaux à la chaîne pour nous nourrir, les dompter pour le divertissement, les tuer pour l’appât du gain…) est erroné, abusif, et quelque peu ironique.

Aussi, une question reste en surface : comment est-il possible pour le fonctionnement de nos sociétés de reposer sur de tels actes, quand notre imaginaire tout entier a été construit autour de la figure animale et que nos besoins affectifs sont parfois comblés bien plus efficacement par nos animaux de compagnie que par nos proches ? Comment est-il possible de hiérarchiser à ce point les différents animaux (selon leur apparence, les traditions, etc…) ? Bref, il semble que le rapport de l’Humain à l’Animal souffre d’une grande ambiguïté.

Aujourd’hui, les animaux récoltent les fruits de décisions prises par les humains : un des désastreux effets du réchauffement climatique est malheureusement l’extinction de certaines espèces animales… Il est de notre devoir de reprendre nos responsabilités, et cela passe évidemment par revenir à notre place. Et avant de revenir à notre place, il faut oser déconstruire : questionner ce que l’on nous a appris, démêler le vrai du faux et tenter de comprendre la nature des choses pour agir en conséquence. C’est pourquoi cet article vise à rappeler la richesse et le potentiel du monde animalier, souligner nos similitudes et lui rendre justice, afin d’oser remettre en cause le rapport que nous entretenons avec chacun d’entre eux.

Quelle place a l’animal dans nos sociétés ?  

Bien entendu, pour répondre à cette question il nécessite de se pencher sur les différentes cultures et traditions : une vache ne va pas être traitée de la même manière aux Etats Unis et en Inde (ou elle est considérée sacrée).

Côté juridique, la loi Française reconnait l’animal domestiqué comme un « être vivant doué de sensibilité » depuis 2015 (bien qu’il reste soumis au régime des biens). Avant cette date, on le considérait comme un « bien meuble »… Quant aux animaux sauvages, eux ne bénéficient pas de régime de protection attestant de leur sensibilité.


Depuis quelques années, on entend parler dans les médias de « spécisme » et « d’antispécisme » : les spécistes affirment qu’une hiérarchie existe entre les espèces, et que l’homme y occupe la place supérieur (théorie souvent utilisée pour justifier l’exploitation animalière). A l’inverse, les antispécistes se battent pour remettre l’humain à sa place, estimant qu’aucune espèce n’a de droit sur l’autre et que l’animal mérite d’être traité de manière égale à l’Homme.

Pourtant, à l’heure des vidéos associatives tournant par dizaines sur les réseaux sociaux, dénonçant les conditions parfois atroces dans lesquelles sont élevés des milliers d’animaux dans le monde, seulement 5% de la population est végétarienne. La France compte environ 300.000 éleveurs (viande, lait…), et 75% des terres agricoles mondiales sont utilisées pour l’élevage ! Une grosse partie de notre économie repose sur l’exploitation animale, et la remettre en question suppose de repenser tout un système. Au zoo (bien que quelques établissements soient utiles pour la reproduction d’espèces en voix de disparition), au cirque, au parc aquatique, l’animal est utilisé à des fins lucratives. Pour la science ou la cosmétique, toujours, l’animal est utilisé – pour ne pas dire torturé.

Ne mettons pas toutes les situations dans le même sac : il y a un monde entre le petit agriculteur qui élève ses chèvres pour leur lait avec respect, et l’homme qui chasse et dépèce des visons pour s’enrichir de leurs fourrures. Mais dans chaque cas, l’humain semble bel et bien avoir intégré un sentiment de légitimité à exercer un pouvoir sur l’espèce animale…


Concernant la place que nous attribuons aux animaux dans nos sociétés, les mentalités sont petit à petit en train d’évoluer : selon un sondage : 7 français sur 10 trouvent que les animaux ne sont pas assez soutenus au niveau politique – et jusqu’à 78% chez les moins de 25 ans !

De l’Histoire à la Science…  

Evolution de la relation :

Le lien entre la race humaine et les autres espèces animales s’est créé dans un rapport de force avec la chasse. L’humain tuait l’animal pour se nourrir et utilisait sa fourrure pour se réchauffer. Petit à petit, l’Homme a domestiqué le chien, trouvant en lui un compagnon utile (ou plus justement, le loup s’est laissé apprivoisé par l’Homme). L’évolution de ce rapport Homme-Animal est ensuite marqué par la domestication des animaux de ferme, dont l’exploitation a servi à réduire la pénibilité du travail, et dont l’élevage apportait de quoi se nourrir. Et au fur et à mesure que les sociétés humaines se développaient, l’animal prenait différentes places comme nous l’avons vu précédemment : divertissement, élevage intensif, animal de compagnie…

En quoi sommes-nous différents ?

Premièrement, concernant nos origines (et la théorie de l’évolution), l’Homme ne « descend » pas du singe, contrairement à ce que nous disons communément : le singe actuel et l’Homme partagent un ancêtre commun vieux d’environ 7M d’années…

Au cours de l’Histoire, l’humain s’est premièrement différencié par sa bipédie (il se tient debout de manière quasi-permanente, contrairement à certains primates qui y ont recours par alternance). Sa grande dextérité manuelle lui a ensuite permis de fabriquer des outils, et de « domestiquer » le feu (grâce auquel il pouvait cuire ses aliments et transformer la matière). Capable d’assimiler des informations variées et idées abstraites, il a plus tard inventé un langage riche afin de mieux communiquer, et l’écriture. Enfin, il créa des sociétés complexes, les cultures, les religions, l’électricité, internet, etc…

Ce développement a bien-sûr eu un impact sur l’anatomie de la race. A titre d’exemple : il y a environ 1.6M d’années déjà, le cerveau de l’Homo Habilis grossissait jusqu’à atteindre 2 voire 3x la taille de celui des autres singes !

Biologiquement, il semblerait que nous partagions aujourd’hui 98% de nos gènes avec les singes actuels. Cependant, selon la plateforme L’Homme en questions (site du Musée de l’Homme de Paris), ce pourcentage serait calculé à partir de nos gènes « codants », qui eux ne représenteraient en réalité que 1.5% de notre ADN : cela change considérablement l’équation.

N’allons pas trop vite…  

Malgré un développement fulgurant qui a poussé l’humain à adopter un mode de vie bien plus complexe que les autres espèces, il reste tout de même un animal : victime de ses besoins, il est dépendant de sa survie ! Il doit s’assurer sécurité, alimentation et alliance avant tout, combler ses besoins vitaux reste une tâche quotidienne et primordiale qui le retiendra toujours à son humble place animale. De plus, l’Homme fonctionne majoritairement à partir de mécanismes inconscients (plus de 90% de nos neurones travaillent pour le processus subconscient selon certains scientifiques), et réagi parfois de manière plus pulsionnelle que raisonnée : il semble avoir un long chemin à parcourir pour « dépasser le stade animal »…

Quelles similarités ?  

Si ces exemples marquants l’évolution unique de l’espèce humaine ne justifient pas un droit illimité sur son environnement, il semblerait également que la « singularité » de l’intelligence humaine – souvent utilisée pour justifier une position supérieure aux autres espèces – soit de plus en plus questionnée par des spécialistes du monde entiers qui osent enfin se pencher sur le sujet…

> L’INTELLIGENCE

Jane Goodall, une primatologue reconnue ayant étudié les chimpanzés en Afrique durant une grande partie de sa vie, a fait 1960 une découverte qui a considérablement remis en question la vision du singe et de l’humain. Elle observe un chimpanzé se servir d’une tige « modifiée » pour attraper des termites : l’utilisation d’outils était jusque là le propre de l’Homme.

A Washington dans les années 90, une femelle chimpanzé nommée Washoe est parvenue à apprendre et utiliser plusieurs centaines de signes du langage des sourd et muets américains.

Des scientifiques ont réussi à prouver que certaines espèces peuvent calculer  (additions et des soustractions), et que – même si les opérations réalisées ne sont pas d’une extrême complexité – elles possèdent néanmoins la capacité de comprendre le concept de calcul, la notion de « 0 » : des primates, des oiseaux, et bien plus récemment, des abeilles.

> LES ORGANISATIONS SOCIALES 

Il est évident de citer les fourmis lorsque l’on parle d’organisation sociale chez les animaux. Modes de déplacement et de communication très efficaces, organisations fascinantes de l’architecture des fourmilières, hiérarchie et attributions spécifiques des rôles et des tâches… Les fourmis n’ont rien à nous envier à ce niveau !

Chez les loups aussi la hiérarchie sociale a son importance. Rassemblés en meute pour pouvoir chasser des animaux plus gros qu’eux, chacun a sa place. A la tête du clan, un couple de loups dominants (dits « alpha ») adopte des comportements « castrateurs » envers les autres membres du groupe, afin de garder leur place de chef et l’unique rôle reproducteur. Dans certaines meutes, le loup « omega » (tout en bas de l’échelle sociale) subit les attaques régulières de ses congénères, servant à évacuer la pression au sein du groupe (exercée par les loups dominants).

Bien-sûr, la densité et la richesse des constructions sociétales humaines ne sont pas vraiment comparables à celles des autres espèces, tant elles sont complexes et civilisées… Mais on retrouve chez les différentes espèces animales un fonctionnement particulier et maîtrisé par des modes de communication complexes, ce qui témoigne d’un développement intellectuel subtil et développé.

> LA SENSIBILITÉ 

Des cochons, étudiés par Inonge Reimert (chercheuse en neuroscience néerlandaise), ont été séparés en 2 groupes et traités différemment : les premiers d’une manière « positive » (friandises, paille sèche…) et les seconds d’une manière plus négative (isolement, mauvaise hygiène). Lorsqu’on les a mis au contact de cochons extérieurs, les cochons traités soigneusement jouaient et montraient des signes de bien-être tandis que les cochons du second groupe se montraient constamment en alerte, et faisaient leurs besoins plus souvent. Les chercheurs ont également remarqué une transmitions des émotions des cochons élevés en amont vers les cochons extérieurs : ces derniers réagissaient de façon « miroir », et de manière bien plus intense au contact des cochons stressés… Ceci prouve que la sensibilité à l’environnement n’est pas spécifiquement humaine.

Le sentiment d’empathie a lui aussi été étudié chez de nombreuses espèces. Pour ne citer qu’un exemple : lors d’une expérience, des macaques ont refusé durant plusieurs jours de tirer sur une corde donnant accès à de la nourriture, car cette action envoyait automatiquement des décharges électriques à leurs compagnon devant leurs yeux (pas très éthique comme procédé selon moi mais bon). Et il semblerai que le soucis du bien être d’autrui ne s’arrête pas aux barrières de l’espèce… Des cas très divers ont été observés : des tigresses nourrissant des porcelets, des chiens sauvant des oiseaux… De quoi en inspirer quelques uns du côté des racistes humains !

Concernant la conscience de soi, il a été prouvé que les grands singes et grands dauphins ont la capacité de se reconnaître dans le miroir.

> LA PERSONNALITÉ  

Dans un épisode de l’émission Xenius sur ARTE, on apprend que les animaux ont tous une personnalité. Alors que la science réduit souvent le caractère d’un animal aux caractéristiques de son espèce, certains chercheurs comme l’éthologue Konrad Lorenz, spécialiste du comportement animal, s’efforcent à prouver que chaque individu est unique. Tout comme nous, les animaux ont tous une personnalité propre : dans une situation similaire, ils répondent aux sollicitations extérieures de façons différentes, selon leur vécu et leurs prédispositions génétiques. Il existe donc des chats à tendance joueurs, d’autres fainéants, des poissons sociables, d’autres agressifs…

> LA SEXUALITÉ 

S’il est un domaine qui nous est essentiellement animal, c’est bien la sexualité. Et nous ne sommes pas les seuls à y trouver un intérêt autre que celui de procréer ! La sexualité non-reproductive a été observée chez de nombreuses espèces : les dauphins s’adonnent à l’amour pour le simple plaisir que cela leur procure, les ours, les chevaux et les morses sont des adeptes de la masturbation, les chauves-souris préfèrent les fellations et les oies des neiges font l’amour à trois ! Tout comme nous, les animaux utilisent la sexualité pour se reproduire, mais pas que : ils peuvent s’en servir pour jouer, relâcher les tensions, dominer ou même pacifier des relations sociales…

Les relations homosexuelles ont elles aussi été de nombreuses fois observées, notamment chez les girafes, les pingouins, les lamantins, les lionnes… Un peu tout l’monde quoi !


Ainsi, tous ces exemples prouvent que dans nombres de situations, les animaux ont des réactions similaires aux nôtres et montrent des traits de comportements opposés à l’idée que l’on se fait d’eux, encore aujourd’hui… Nous avons en réalité beaucoup à apprendre d’eux. Les shamans de tous temps ont travaillé à leur côté, puisant en eux la force d’évoluer, de comprendre le monde et de se comprendre eux-mêmes. Il les considéraient comme des guides, reconnaissant en certains d’entre eux une sagesse et une conscience bien plus aiguisée que la notre ! Les animaux ne sont ni des ennemis, ni des objets servants nos envies : ils sont des êtres aussi importants que nous sur cette planète et nous leur devons (au moins) le respect.

Il est bien entendu difficile et long de changer les traditions, et nos sociétés occidentales, majoritairement basées sur le profit financier, ne seront jamais les initiatrices de ces changements. Cependant, en osant changer le regard que nous portons sur le monde qui nous entoure, nous avons en réalité la possibilité d’amorcer en nous une transformation bien plus solide que n’importe quelle révolution…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s